Critique Envol et Macadam 2019


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Envol et macadam, édition 2019

 

Jeudi le 5 septembre

Scène Radio X, à l’Îlot Fleurie, quartier Saint-Roch, Québec

 

Une douce entrée en la matière

 

L’ouverture des portes se fait à 18h30 pour permettre aux gens de s’installer devant la seule scène. On doit attendre 19h30 pour que quelques timides spectateurs fassent leur entrée sur le site. La première soirée s’annonce tranquille avec une dominance de l’acoustique. Lorsque The Copper Tones entame sa deuxième chanson, à peine une cinquantaine de spectateurs sont éparpillés. Des enfants courent sur la gravier. On sent que le quatuor est là pour préparer le terrain en douceur. Ils ont opté pour une progression dans le rythme, puisqu’il faut attendre leur dernière chanson pour entendre une chanson plus dynamique. Leur prestation est à l’égal de l’ambiance sonore: un peu morne. Le guitariste se tourne souvent vers le batteur question de varier un peu et de créer une connivence au sein du groupe. La chanteuse, qui pourtant possède une jolie voix, ne semble pas ressentir ses paroles. Elle paraît absente ou concentrée sur ce qu’elle fait. Ils s’écoutent bien, mais on se demande ce qui a motivé le choix de leur faire briser la glace et donner le ton à un festival de trois jours dont la programmation est majoritairement punk. Ils réussissent néanmoins à tirer quelques hurlements de loups à une foule très éparse, mais qui est venue pour s’amuser.

 

Le duo folk canadien Steve and Ginie Jackson parvient à charmer peu à peu son maigre auditoire. Ce n’est pas sa première fois au Québec. En 2018, ils se sont produits au Festivoix de Trois-Rivières. Se dégage d’eux une belle énergie. Ils s’adressent au public en français, ce qui est toujours bien apprécié ici. Une belle complicité lie les deux protagonistes. La guitare et la mandoline s’accordent très bien aux élans de voyage et de liberté que suggèrent leurs textes. On les imagine parcourir le monde en s’arrêtant pour jouer dans des bars. Et c’est, ce qu’ils font effectivement. Ils nous vendent du rêve et on se laisse facilement transporter. Ils n’hésitent pas à faire participer la foule et profitent de la tribune pour annoncer un nouvel album fraîchement sorti.

 

Après une heure de spectacle, la foule a doublé de volume. Lentement mais sûrement, les gens, qui ont fini leur journée de travail et ont soupé, commencent à se montrer. C’était à prévoir. Après tout, nous ne sommes que jeudi.

 

Excuse Me Mister se présente devant une foule qui les connaît. Les deux filles de Québec ont probablement beaucoup d’amis venus les encourager et des fans conquis au fil de leur parcours. Il n’est pas surprenant qu’elles réussissent. Émilie Plamondon et Valérie Morin ont l’avantage d’être attachantes et dynamiques en plus d’être drôles. Deux blondinettes, l’une au piano, l’autre à la guitare, c’est déjà une formule gagnante, mais lorsqu’on les voit s’amuser sur scène, on est définitivement sous le charme. Elles partagent un peu leur histoire entre deux covers, racontent des anecdotes. Elles nous dévoilent qu’avant la création du groupe, l’une ne jouait pas encore de guitare et l’autre ne savait pas chanter. Malgré tout, elles ont décidé d’apprendre à jouer afin de réaliser leur rêve. Être là ce soir est une belle réalisation. Elles jouent beaucoup de balades connues et moins connues. Leurs capacités vocales ne sont pas des plus impressionnantes, mais leur présence sur scène et les liens qu’elles créent avec les gens sont des atouts non négligeables.

 

Pour accueillir la tête d’affiche de la soirée, Joey Cape, les spectateurs se mettent à siffler. Ils sont mûrs. C’est sans trop se faire attendre que l’artiste entre en scène. Il se montre sympathique voire accessible. Il n’hésite pas à parler entre les chansons sur un ton amical, comme s’il revoyait de vieux amis. C’est un peu le cas, puisque ça fait plus de 25 ans qu’il vient ici. Les gens connaissent ses paroles et les chantent. C’est beau à voir. Il s’accompagne à la guitare, seul sur la scène. Il se suffit. Parmi ses chansons, on reconnaît Errands et Whipping boy. L’américain se produira à nouveau demain soir avec les autres membres de Lagwagon. Nul doute qu’il sera aussi bien reçu par ses fans.

 

***

 

Vendredi le 6 septembre

Scène Radio X, à l’Îlot Fleurie, quartier Saint-Roch, Québec

 

Lagwagon fait chanter Saint-Roch

 

On passe aux choses sérieuses. Alors que la première soirée laissait présager un festival tranquille, les premiers groupes à monter sur scène aujourd’hui donnent dans un tout autre registre.

 

La Purge a pour mission d’entamer la soirée. Le groupe québécois dont les paroles sont en français a rendu disponible un premier Ep Sortir d’icitte en 2018 sur la plateforme Bandcamp. Sur les enregistrements, on peine à comprendre les mots tellement le son des instruments prend toute la place et c’est la même chose sur scène. C’est sans doute l’effet voulu: ça bûche et avec un nom pareil, on ne s’imaginait pas le contraire. Avec à peine 170 abonnés sur leur page, ils débutent à se faire un public, mais on sent les quatre musiciens à l’aise quand vient le temps de s’offrir en spectacle. Ils intègrent les spectateurs à qui ils posent des questions, demandent de participer. Ils expliquent le contenu de leurs chansons, dans l’intention d’établir un contact, de faire en sorte que les gens s’identifient aux textes. Même s’ils chantent en français, mélangeant parfois trois voix pour souligner les phrases clé, on ne comprend pas les mots qu’ils prononcent, enterrés par l’instrumental, d’où peut-être l’importance d’en révéler le thème au préalable. Côté foule, on a affaire au même petit nombre qu’hier, mais la soirée débute deux heures plus tôt. On s’imagine qu’au fil du temps, la masse s’épaissira.

 

S’installe ensuite Peer Pressure. Avec Victoria Mladenovski comme vocaliste, le groupe possède une sonorité rafraîchissante. La chanteuse dédie The Path Unknown aux deux membres du groupe Matriax qui ont récemment péri dans un accident de voiture. Elle discoure sur les aléas de la vie en soulignant que c’est dans la musique que se trouve l’échappatoire. Elle n’a pas tort. La maigre foule s’anime. On aperçoit bien vite un ballon de plage et des bulles de savon dans les airs. Plusieurs personnes s’amusent à créer un pit et s’agitent au rythme des chansons hardcore que le groupe exécute avec ferveur. L’énergie de la chanteuse se communique rapidement en bas de la scène. Des effets stroboscopes renforcent le dynamisme de la performance. C’est le deuxième passage du groupe à Envol en plus d’avoir participé au FEQ en juillet dernier.

 

La foule se fait de plus en plus nombreuse. Elle va bientôt surpasser le total d’hier. On ne sait pas grand chose sur Bias un trio indonésien ayant remporté le concours Planetrox dans leur pays cette année. À ne pas confondre avec le groupe américain fondé par l’ancien batteur de Korn qui possède le même nom. Les spectateur sont curieux de voir de quoi il retourne. Il s’agit finalement d’une agréable surprise. De prime abord ils ont l’air un peu douillet: une pilosité faciale timide, une taille en-dessous de la moyenne. L’un porte même une chemise décorée de flamants roses. Qu’à cela ne tienne, ils sont capables d’occuper une scène, malgré des interactions difficiles étant donné la barrière de langue. Le public qui se tient un peu à distance de la scène hoche de la tête au rythme de la musique. Dès qu’elle cesse, on entend les conversations qui, on le soupçonne, ont court pendant tout le spectacle. On siffle tout de même parfois pour encourager les musiciens étrangers. Le plus étonnant est la capacité du batteur à occuper aussi le rôle de chanteur principal. Il reste une chanson à jouer quand il doit se lever en raison d’une crampe à la jambe. Il s’en remet très vite et termine le spectacle sans autre difficulté. On espère que le groupe ait aimé se produire au Québec pour avoir fait 50 heures d’avion.

 

Comeback Kid est attendu. Le groupe manitobain fondé en 2000 n’en est pas à son premier spectacle. Il y a du professionnalisme dans leur son. Ils ont une identité qui leur est propre et ça se manifeste dans leur performance. Ils mettent le feu aux planches dès la première note. Le chanteur n’hésite pas à insister auprès de la foule: il veut que ça bouge devant lui. Il demande à plusieurs reprises aux gens de se rapprocher de la scène, de sauter sur place ou de faire un pit. Quand on le voit s’éponger les cheveux à la serviette entre deux chansons, on comprend qu’il prêche par l’exemple. Quelques personnes connaissent les paroles, mais on comprendra plus tard qu’on a surtout affaire à des fans de Lagwagon. Loin de se cantonner aux provinces canadiennes, le groupe se produira prochainement aux États-Unis, en Allemagne et même en République Tchèque.

 

Toute la soirée, on a de la difficulté à entendre la voix principale, à moins qu’elle gueule. Ça joue sur les interactions avec le public qui ne fait que crier aléatoirement sans vraiment comprendre ce qui lui est dit. L’acoustique étant ce qu’elle est sous les viaducs, ce n’est qu’en sortant du site qu’on perçoit plus clairement les paroles. Ça ne suffit pas à décourager ceux qui sont venus voir Lagwagon. Formé en 1990, ce n’est pas le premier passage du groupe au Québec qui a même déjà joué à l’Îlot-fleurie en 2012. Railer, son nouvel album sera lancé en octobre prochain. Cinq ans se sont écoulés depuis Hang et les fans ont sans doute très hâte de se le procurer. On entend plusieurs classiques comme Violins et Sleep que le public chante avec plaisir. Tout l’Îlot-Fleurie vibre de centaines de voix unies. Les fans sont venus se rappeler des souvenirs.

 

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Samedi le 7 septembre

Scène Radio X, à l’Îlot Fleurie, quartier Saint-Roch, Québec

 

Réchauffer la foule

 

Après Bladies, Distance critique et A Tree at last, Still Insane prend place. Le groupe punk rock de Québec, remercie ses amis et les quelques nouvelles têtes qui sont venues le découvrir de s’être déplacés et profite de la tribune pour annoncer le lancement prochain d’un nouveau EP. La foule encourage les musiciens, mais se montre assez statique malgré la fraîcheur de l’air. Quelques minutes de pause s’imposent pour procéder à un changement de guitare avant la dernière chanson. Le son semble voyager mieux que la veille. Les intéressés pourront revoir le groupe samedi prochain au Music4Cancer Fest.

 

Place ensuite à Field Day, un nouveau projet formé d’anciens membres  de Dag Nasty comme Doug Carrion et Pete Cortner. Accoudés à la barrière, se trouvent deux fans comblés qui scandent les paroles et brandissent le poing. Le reste du public écoute sans trop vouloir bouger. La formation prévoit composer de nouvelles chansons prochainement.

 

Avec plus de 20 ans d’expérience au Québec et en France, Carotté fait preuve d’une aisance indubitable. Les six musiciens n’ont pas leur pareil pour réchauffer l’ambiance. La foule commence à s’animer. Des couples se forment pour tourner en se tenant par les coudes. On célèbre le folklore façon punk et ça ne prend rien de plus pour donner envie de faire la fête. On recconaît Tape la Bizoune, l’Agro Punk et même La Bastringue. Les rangs se garnissent peu à peu. On peu maintenant compter une centaine de spectateurs qui s’animent de plus en plus.

 

Keith Kouna passe beaucoup de temps sur les caisses de son à chanter directement au visage des festivaliers. Il ne se gêne pas pour brandir le poing, le majeur ou pointer du doigt pour souligner ses propos. Sa performance est très gestuelle. Fidèle à son style, il utilise l’humour pour introduire des sujets lourds comme lorsqu’il dit qu’il va « faire une tune joyeuse » avant de jouer Déo qui parle plutôt du mal de vivre. On est témoin de belles interactions entre les musiciens au grand plaisir des photographes. Le spectacle se termine soudainement, sans cérémonie. On espère un rappel en vain. Les techniciens travaillent déjà à changer les instruments pour le prochain groupe. Le vent fait rage, mais il n’y a aucune menace de pluie pour l’instant.

 

Mononc’ Serge fait tout sauf endormir la foule qui a doublé. Les musiciens débarquent habillés en cuisiniers qu’ils expliquent par la popularité des livres et des émissions de cuisine au Québec. Ils espèrent faire un coup de publicité dont ils ont grandement besoin selon eux parce que « tout le monde se criss de Mononc’ Serge ». C’est la thématique de la soirée et du nouvel album Réchauffé. Serge s’amuse. Il chante J’pue pas j’sens l’punk devant des punks. On peut dire qu’il aime la cohérence. Ses interventions entre les chansons sont bien préparées. On passe d’un texte à l’autre en ayant toujours un lien, un jeu de mot pour l’introduire.

 

La foule, bien réchauffée par les artistes précédents, est prête à accueillir Bigwig qui ne la déçoit pas. On entend la sécurité se préparer à gérer des incidents. Quand on voit l’énergie des musiciens, on comprend pourquoi. C’est Subhumans qui met fin à la soirée et à l’édition 2019 d’Envol et Macadam.

 

Au terme des trois jours, on peut dire que le festival s’est déroulé sans anicroche, du moins, sur la scène Radio X. Une programmation axée sur le punk, mais de styles différents nous a permis d’apprécier des groupes québécois et d’ailleurs. Les transitions efficaces ont laissé tout juste assez de temps aux spectateurs pour se rafraîchir ou discuter entre les groupes. Il aura fallu attendre tous les jours jusqu’à 21h avant d’avoir une foule plus dense. On l’évalue, à son meilleur, à plus ou moins 600 personnes pour Lagwagon vendredi soir. Rendez-vous l’an prochain pour la 25e édition!

 

Texte: Jessica Dufour

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